Technique du Raku

Voici comment je réalise mes « Raku »… et aussi quelques anecdotes « fumantes » d’expériences chimiques !

…pour expérimenter ces techniques, il faut impérativement connaître et respecter toutes les consignes de sécurité adaptées !

N’ayant jamais fréquenté d’école de céramique, je ne pourrais renseigner avec exactitude sur son origine et les conventions, prescriptions ou autre protocoles traditionnels de fabrication… je pratique cette technique de manière empirique depuis plus de quinze ans et je peux cependant partager cette expérience : choses à éviter et petits conseils pour ceux qui pratiquent et rencontrent les mêmes questionnements…

conseil_raku_2

Pour moi, le  « Raku » c’est la résultante de pas mal de paramètres logiques; alors, en y allant tranquille, on peut s’améliorer et faire en sorte que la sortie de la pièce de sa coquille de carbone soit un véritable émerveillement ! 

 

Pour commencer, j’aimerais vous dire mon émotion quand j’extrais une pièce de son épaisse gangue de sciure calcinée et que je découvre l’émail craquelé marbré de fines lignes noires… 

Techniquement, ça se passe comme ça : on a besoin d’ une terre réfractaire qui sera enduite d’émail et cuite jusqu’à ce qu’il fonde et se « développe » (vers 1060° pour mon émail)… à ce moment là, on peut réduire le gaz afin de faire descendre la température à 800°; puis ouvrir la cloche du four, (très chaud, là !) et en sortir les pièces à l’aide de pinces (et protégé de vêtements appropriés pour ne pas se brûler… c’ est chaud chaud !)

J’enfouis les objets dans des copeaux de bois ou de combustible fumigène… je ferme le couvercle et attends entre 5 et 20 minutes selon la pièce……. Avant de regarder dans la fumée et les flammes si le procédé a fonctionné … sinon, je laisse encore un peu … puis je sors chaque objet avec précaution (certains peuvent être encore à 150° !).

Si les craquelures sont bonnes, on refroidit la pièce avec de l’ eau pour figer les couleurs.

Il faut arroser avec délicatesse pour ne pas abîmer la glaçure !!!

Ensuite chaque sculpture est passée au nettoyage avec des « gratt-gratt » ou de la paille de fer…

Et voilà, vous pouvez enfin boire dans le magique bol craquelé dont vous rêviez !!

Le RAKU « Maison »

conseil_raku_3

Comme je le disais dans l’ introduction sur le Raku, j’ai commencé il y a 10 ans en Corse chez mon ami Thierry Leonelli (que je remercie encore pour son aide précieuse dans mes folles découvertes)… A cette époque, habitant dans la montagne Corse, je n’avais que les « bibles » des potiers céramistes sur quoi m’appuyer pour accorder les éléments à une cuisson raku…

C’était très compliqué de trouver des substituts aux matières traditionnelles qui étaient prescrites dans ces livres et j’ ai fait avec ce que j’avais sur place … les glaçures que j’ employais étaient des glaçures alimentaires pour faïence, de même que la terre utilisée au départ.

En « trafiquant » les émaux qu’ on utilisait pour les poteries de Thierry et Marie Léonelli , j’ai pu découvrir pas mal d’effets plus ou moins intéressants… Je vous en donne quelques recettes plus bas…

Côté enfumage, j’ ai lu toutes sortes de choses sur cette technique … les écrits que j’ai pu trouver sur Internet provenaient surtout des Etats Unis et c’était vraiment de drôles d’idées… J’ai testé et, franchement, tout n’est pas à refaire… Tiens, si vous voulez, je vous en raconte deux bonnes …

celle de l’huile :

« Tremper la pièce dans de l’ huile de vidange » … je trempe la pièce à 500 ou 600 degrés dans le beau bac à huile de la R5 diesel … bien noire l’ huile ! … Bwoof !!!!!… Bien sûr, l’ huile prend feu… Je ressors la magnifique sculpture des flammes de l’enfer : l’ horreur! La nymphe brûle, le bac aussi et ils dégagent une telle fumée grasse et noire que j’en laisse retomber la sculpture dans l’huile pourfuir à toutes jambes le temps que ça se passe … je maîtrise finalement le « business  » en le couvrant et en l’arrosant……

Résultat pitoyable de raku raté en sortant la pièce dégoulinante d’ huile.. « bien noire », i’ disait !!! .. Le genre de produit impossible à laver…

Et celle de la naphtaline !!!

Fin de cuisson dans le four-cloche installé sur la crête de la montagne sous  un auvent…

Je verse dans le four à 900 ° une belle poignée de boules de naphtaline … oulalalalalala ! Je me souviens du jardin de Thierry complètement enfumé, c’était tout blanc partout et sûr, c’était la naphtaline, ça !!!

Le brouillard s’est dissipé une bonne heure plus tard et l’odeur, elle, est restée; elle était tellement tenace que je n’ me souviens plus de l’état des pièces dans le four… même si ça avait été mirifique, c’ était à oublier : l’odeur est restée encore pendant plusieurs cuissons … une infection !

RAKU suite…

Photo 131

Pour l’enfumage, après ces mésaventures, je préfère utiliser des matières végétales : copeaux de bois, foin, paille, papier…

Les différents végétaux que l’on peut employer produisent des effets variés.  Si je cherche à avoir une terre crue bien noire, je vais utiliser plutôt des copeaux; si je préfère des effets de lignes de réductions, j’utilise de la paille ou du foin… en ce moment, j’expérimente avec un mélange de crottin de cheval et des copeaux d’emballage en sapin .

Comme conteneurs d’enfumage, j’utilise une cantine en fer et un bidon à confiture galvanisé… il est pratique, il rouille moins !…Ça attaque terriblement le métal des bidons, le Raku !

Pour sortir les objets du four, il est préférable de faire vite, surtout si la pièce est fine. Pour garder la chaleur, j’utilise un four-cloche : dès que j’ai sorti les objets, je rabats la cloche et remets le brûleur en route… c’est pratique !

Avec mes gros gants de soudure et mes pinces-maison petites, grandes ou tordues, je transpire un bon coup en sortant mes objets de bas en haut, étage par étage et un par un (pour les toutes petites pièces de 2×2 cm, le mieux que j’ aie trouvé c’est de les placer sur des languettes de plaques d’enfournement et de sortir la plaque avec 4, 5 (ou +) pièces dessus !)… c’est très périlleux, mais plus rapide… alors :

Attention au feu et aux brûlures !

A- tension c'est chaud

…pour essayer ces techniques, il faut impérativement connaître et respecter toutes les consignes de sécurité adaptées et avoir déjà pratiqué abondamment le défournement de cuissons Raku !!!

Je place quelques objets dans la « gamelle », en veillant à ne pas y déposer trop pièces par rapport à la quantité de combustible et au volume du conteneur… chaque objet a son inertie de chaleur et, pour des effets optimum, il faut savoir respecter la « courbe » de descente de la température…

À vous de jauger, c’est un rapport entre le type de glaçure, l’épaisseur et la dimension de la pièce, la quantité et le type de combustible.

Il est même parfois nécessaire d’y verser un dé à coudre d’eau… à vous de tester !

Le temps d’enfumage dépend de tout ça et se règle en fonction de l’effet que l’on veut obtenir…. Plus on laisse, plus le tesson est noir … normalement…

Je vérifie avant de commencer à tout sortir du conteneur … pour la manip’, attention aux flammes parfois très violentes lorsque vous retirez le couvercle !!!

La coupe de cheveux façon Raku, ça n’ va pas à tout le monde !!!

Si la pièce est craquelée, noircie et/ou réduite à souhait, il est temps de la refroidir … Je préfère pulvériser de l’eau sur l’envers de la pièce pour éviter d’endommager la qualité de l’ émail….

…Et bien ? C’est réussi ??… Sinon, il sera peut être nécessaire de revoir des trucs…

– La glaçure ne craque pas…
Certaines pièces gagnent à rester un peu plus dans les copeaux ; dans ce cas, je remets vite l’ objet dans le récipient en le recouvrant de 2 ou 3 cm de combustible … je laisse brûler pendant 1 minute puis referme le couvercle pendant 5 minutes… Si vraiment la glaçure ne craque pas, la pièce est peut-être déjà trop froide … pas de panique, tout se recuit !….

– Les sculptures se fendent, cassent, sonnent creux ….
« La cata ! 9 pièces sur 10 sont foutues !!! Le Raku, ça casse tout !!! »
Imaginez… au départ, c’était le cas ; aujourd’hui, il n’y en a plus qu’une sur 60 qui cède au choc thermique !…..
Au plus simple, voilà ce que j’utilise :
Pour la terre, une faïence blanche, chamottée 0-0.5, préparée pour le modelage. Elle est très solide une fois cuite à 1000° et la chamotte la rend suffisamment résistante au choc thermique du défournement Raku.

L’émail alimentaire transparent que j’ utilise souvent pur ou modifié est le cq03 de chez Solargil. Il fond à partir de 980° et se mélange sans problème avec tous les oxydes de base.
Juste un truc à respecter avec cette base : il faut la passer en couche très fine car, si on la monte un peu trop en température, la glaçure se retrouve sur la plaque de cuisson…

Ensuite, je crois qu’il est important de vous rappeler que les émaux, comme le travail de la terre, demandent qu’ on respecte leurs temps … sauf expérimentation de techniques particulières, la céramique, pour se développer avec les oxydes, demande une montée en température douce et relativement progressive.
Aussi, pour des Raku avec la faïence blanche, je cuis mes pièces pendant environ 6 heures… Elles en sortent très solides et peuvent servir au quotidien … même dans les restaurants ! En plus, la qualité de l’émail, sa profondeur, ses couleurs, sa brillance et ses effets sont spectaculaires !

…Essayez et vous verrez…
Le travail du céramiste est souvent assez personnel. La diversité des produits et des manières de les employer est quasi-infinie, d’autant que l’alchimie qui fait la réussite d’une pièce dépend de l’ eau, de la terre, du feu et de l’air… On n’a pas trouvé mieux…

Je serai ravi  si ce petit propos sur mon « Raku » vous a motivé et reste prêt à répondre à vos questions.

Pour les puristes de la technique, reprenez moi si je me suis trompé …mais sachez bien qu’ il y a de nombreuses façons de réaliser des pièces avec l’aspect du Raku ; en ce qui me concerne, je suis plus artiste qu’historien…

4 réflexions au sujet de « Technique du Raku »

  1. Bonjour, je reviens d’un stage de Raku. Mes pièces sont encore noircies, comment puis-je bien les nettoyer? Et comment faire pour que les parties sans email soit bien noires? Merci de votre aide. Cordialement. Julie

  2. J’ai tout lu avec intérêt..Sénégal, le pays où je séjourne 4/5 mois par an , où je travaille (formation d’instits ds les villages de brousse..mais aussi construction de pompes pour les puits… etc……)..Le raku que je n’ai pas tenté..Je me remets à la « terre  » après 30 ans de travail (psy, prof..ens. spécialisé..etc)..Que du plaisir et tellement de choses à apprendre…Je cherchais pour mon séjour prochain des endroits au Sénégal où l’on travaille la terre ..Je ne suis pas loin de Miname, je passe svt à Mboro..Thiès…Je vous félicite pour votre travail là bas et la manière avec laquelle vous vous êtes intégré et avez compris le pays de la teranga… Djeredjejj, djam ak djam..J-Em

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.